Contre coups – Nathan Filer

98149965_o

4 ème de couverture :

  » Je vais vous raconter ce qui s’était passé, parce que ce sera l’occasion de vous présenter mon frère. Il s’appelle Simon. Je pense que vous allez l’aimer. Vraiment. Mais d’ici quelques pages il sera mort. Et, après ça, il n’a plus jamais été le même.  » Matthew a 19 ans, et c’est un jeune homme hanté. Par la mort de son grand frère, dix ans auparavant. Par la culpabilité. Par la voix de Simon qu’il entend partout, tout le temps…Matthew a 19 ans et il souffre de schizophrénie, une maladie qui  » ressemble à un serpent « . Pour comprendre son passé et s’en libérer, Matthew dessine, écrit. Il raconte l’enfance étouffée par la perte, la douleur silencieuse de ses parents ; l’adolescence ingrate brouillée par les nuages de marijuana ; la lente descente dans la folie, l’internement… Mais aussi, avec un humour mordant, le quotidien parfois absurde et toujours répétitif de l’hôpital psychiatrique, les soignants débordés, l’ennui abyssal… Et le combat sans cesse renouvelé pour apprivoiser la maladie, et trouver enfin sa place dans le monde.

Mon avis :

Il n’est pas évident de parler de ce livre. Je comprends que tout le monde puisse ne pas adhérer. Puisse  ne pas comprendre.

Peut-être y suis-je plus sensible du fait de mes études et de mon métier ? En tant qu’infirmière, j’ai fait de nombreux stages en psychiatrie, mon école était dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique, je voyais des malades dans le parc tous les jours. Et ce livre m’a parlée. Il a fait écho en moi.

On est immergé dans la tête de Matthew du fait du style d’écriture. On est inséré dans le récit, l’intimité se crée rapidement. Parfois oppressante et souvent pesante. Dérangeante. Le déroulement pourra sembler « brouillon » mais révèle parfaitement l’état de Matthew. La maladie psychiatrique ne connaît pas de logique. Pas de début, pas de fin. Une succession de victoires, puis d’échecs. De montées et de descentes.

Tout cela m’a rendue Matthew plus proche. J’ai été amené aux portes de sa folie, de son mal être, de son génie aussi. J’ai ressenti sa honte, sa peur, ses angoisses, sa lassitude. Sa voix m’a fait comprendre ce qu’il endurait. Ce qu’il endure encore maintenant, car la maladie est (encore une fois) sans fin.

Matthew vit dans l’univers sombre de la maladie mais est parfois si lumineux. On sent toute l’ambivalence de la maladie. Sa culpabilité face à ce qu’il s’est passé avec son frère des années auparavant. La nécessité pour lui d’entendre son frère et de continuer à le faire vivre à travers lui. Matthew nous livre ses états d’âme sans réfléchir, comme ils lui viennent. Il nous explique la maladie, son ressenti, ses obligations médicales, sa « vie » en dehors de l’hôpital,ses crises qui le mènent à l’hôpital à nouveau…

L’écriture m’a emportée dès les premières pages. La fin m’a beaucoup émue. Mais encore une fois, je pense qu’il s’agit d’une question de vécu, parce que je connais cet univers réglé de l’hôpital psychiatrique rythmé par les prises de cachets, les injections, les entretiens thérapeutiques, les cigarettes, les repas, les effets secondaires des traitements, les cris des autres patients, leur détresse et leur folie. Je connais le fonctionnement de la maladie. J’ai beaucoup aimé et je tire mon chapeau à l’auteur d’avoir su aussi bien rendre sur papier l’univers si particulier de la folie.

Un livre que je ne saurai conseillé car pour des personnes non initiées je pense que l’on peut facilement passer à côté. Le trouver trop dérangeant. Trop brouillon. Moi, j’ai été conquise, mais je conçois que tout le monde ne puisse pas apprécier ce type de livre. Parce que clairement, la différence dérange et la folie effraye. Et en même temps j’aimerai que tout le monde le lise pour avoir un aperçu de ce vécu si particulier…Parce qu’on ne choisit pas de sombrer dans la folie…on le subit. On ne choisit pas la maladie.

 

« On est égoïste ma maladie et moi. On ne pense qu’à nous. On façonne le monde qui nous entoure sous forme des messages, de murmures secrets prononcés à notre seule intention »

 

« Mais il y a toutes sortes de folies. Des fois, la folie n’a rien de fou au début. Elle frappe poliment à votre porte et, si vous la faites entrer, elle s’assied gentiment dans un coin, sans faire de bruit. Et elle grossit. Et un beau jour, peut-être plusieurs mois après avoir pris la décision de retirer votre fils de l’école et de l’isoler dans une maison pour des raisons qui se perdent dans votre chagrin, un beau jour cette folie s’agite sur sa chaise »

 

« Je n’ai pas de double personnalité. Je ne suis pas deux personnes différentes. Je suis moi-même, celui que j’ai toujours été, l’individu unique auquel je n’échapperai jamais »

 

« Le pire, dans cette maladie, ce n’est pas ce qu’elle me fait croire ni ce qu’elle me fait faire. Ce n’est pas l’emprise qu’elle a sur moi, ni même l’emprise qu’elle autorise les autres à avoir. Le pire de tout, c’est qu’elle m’a rendu égoïste. La maladie mentale nous replie sur nous-mêmes. C’est mon avis. Elle fait de nous des prisonniers à vie de la douleur qui occupe nos têtes, tout comme la douleur d’une jambe brisée, d’un pouce entaillé accapare l’attention et s’y cramponne au point que la jambe ou le pouce valides cessent d’exister »

 

Publicités
Cet article, publié dans Romances, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Contre coups – Nathan Filer

  1. Caro dit :

    Celui-là est sur ma wish-list depuis sa sortie VO. Le sujet m’intéresse beaucoup et la façon dont tu en parles me donne encore plus envie. Et la dernière citation me parle vraiment 🙂

    • emifloisa dit :

      Franchement j’ai beaucoup aimé!!
      Je l’attendais aussi de pied ferme ce livre 🙂
      Et il est passé devant les centaines de livres en attente de ma PAL en un clin d’oeil!!!!
      Si tu te lances, tu me diras ce que tu en as pensé ? 🙂

  2. Cess dit :

    Celui là, malgré les avis très positifs, ce sera sans moi ! 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s