En ce lieu enchanté – Rene Denfleld

EnCeLieuEnchanté

4 ème de couverture :

La dame n’a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit, on entend le vent dans les arbres et l’eau qui éclabousse le trottoir. On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que, dans ce donjon, nous ne pouvons jamais ressentir.

Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison, le temps s’écoule lentement. Coupés du monde, privés de lumière, de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent leur heure. Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n’a jamais parlé, mais il observe ce monde  » enchanté  » et toutes les âmes qui le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s’occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile. Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie d’une mission : sauver l’un d’entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent une bribe d’espoir, un souffle d’humanité. Mais celui à qui elle pourrait redonner la vie n’en veut pas. Il a choisi de mourir. La rédemption, le pardon peuvent-ils exister dans ce lieu où règnent violence et haine ? L’amour, la beauté éclore au milieu des débris ?

 

Mon avis :

Comment vais-je vous parler de ce livre ? Je ne sais pas…

Ce livre c’est un coup de cœur et un coup au cœur.  Il m’a bouleversée. 200 pages que j’ai lu doucement, pour les digérer, pour les intégrer, pour me protéger, pour les savourer.

200 pages où j’ai eu les larmes aux yeux, où mon cœur s’est serré, où j’ai eu la nausée, où j’ai été horrifiée.

L’écriture en dit parfois très peu, mais le pouvoir de suggestion des mots est tellement puissant qu’il vous emporte et vous ravage.

J’ai été emportée par le style, la plume, les mots.
Et dévastée par l’histoire, les suggestions, les non dits et ces mêmes mots… Et pourtant j’ai aimé. Vraiment. Complètement.

Les personnages n’ont pas de nom, sauf pour les détenus que l’on suit. Mais je me suis attachée à eux. A cette dame qui vient tenter de sauver des hommes dont la société veut juste effacer l’existence. Au prêtre déchu qui cherche à expier ses fautes. A ce détenu qui nous narre l’histoire à la façon d’un conte et dont on ne connaît l’identité qu’à la toute fin. A ce directeur de prison qui mène une lutte personnelle effroyable. Au garçon aux cheveux blancs qui m’a tellement bouleversée,. A ce prisonnier narrateur dont on sait si peu…

J’ai tout aimé. L’écriture est juste magnifique.  Le narrateur met de la poésie là où personne n’en voit. Il trouve les mots pour rendre belles des choses laides. Il embellit et nous nous laissons porter par ses mots qu’il ne peut plus prononcer car n’a plus l’usage de la parole. Les petits hommes et leurs marteaux, Les grisegoules, les chevaux d’or et leurs courses effrénées.

Comment l’abomination peut être doucement contée ? Comment l’innommable peut être subtilement suggéré ?

Il faut lire En ce lieu enchanté pour le comprendre.

Vous aimerez ou vous détesterez. Il n’y a pas de demi mesure avec ce livre. Moi ce livre m’a conquise. Définitivement.

 

« Ceux qui n’ont pas été violés ne comprennent pas ce qu’on ressent quand le corps n’a plus de contours, quand tu as l’impression que chaque centimètre de ta peau est livré aux doigts des autres, que chacun de tes orifices est forcé d’accepter les membres d’un étranger. Quand ton corps est désintégré, ton âme n’a plus nulle part où aller et s’échappe par la fenêtre la plus proche.
Mon âme m’a quitté quand j’avais six ans. Elle a passé un rideau qui claquait au vent et s’est envolée par la fenêtre. Je lui ai couru après, mais elle n’est jamais revenue. Elle m’a abandonné sur des matelas humides et puants. Elle m’a abandonné dans l’obscurité étouffante. Elle m’a pris ma langue, mon cœur, mon esprit. »

 

« Je me demande ce que ressentent les porteurs lorsqu’ils soulèvent les corps et sentent le poids du passage de vie à trépas. Comme c’est étrange que les morts pèsent plus que les vivants. On pourrait penser que c’est l’inverse, et pourtant non. C’est l’âme qui donne au corps sa légèreté, son caractère aérien. Lorsque l’âme le quitte, le corps n’a plus rien et ne souhaite plus que retourner à la terre. C’est pour cela qu’il est si lourd. »

 

« Des heures durant , je songeais comme il était étrange que certaines lettres soient muettes, tout comme certaines parties de notre existence. Ceux qui ont fait les dictionnaires ont-ils décidé que la langue devait refléter nos vies, ou est-ce juste un hasard? »

 

« C’est dans cet établissement qu’on a décrété que je souffrais de mutisme sélectif. Toutes sortes de mots ont été prononcés : associable, comportement, syndrome. Je n’étais pas d’accord, et je ne le suis toujours pas aujourd’hui. On plaque des mots sur les choses qu’on ne comprend pas. On essaie d’enfermer les gens dans des bocaux, comme les fœtus morts. »

 

« Il y a des prisons dans les prisons, des murs dans les murs et ici tu apprends que le pire des donjons peut être la pièce qui a le plus de fenêtres. Tu franchis un mur et tu en trouves un autre devant toi, tu es comme un enfant dans un labyrinthe, perdu à jamais. »

 

« De toute façon, le temps se mesure autrement qu’en comptant les jours. A l’extérieur, les gens pensent que ce sont les horloges qui donnent l’heure. Ils règlent leur réveil pour partir au travail et se lèvent quand l’affichage clignote à six heures du matin. Ils lèvent les yeux sur le mur du bureau qui leur indique que c’est l’heure de rentrer chez eux. La vérité, c’est que les horloges indiquent l’heure mais pas le temps. La mesure du temps, c’est le sens. Je dois me lever pour aller travailler , ou c’est l’heure du biberon. Ou encore, C’est l’année où j’ai eu un cancer, ou C’est le jour où nous fêtons mon anniversaire. Ou Tu te souviens, quand notre père est mort, ou N’oublions pas de semer des navets au printemps. C’est le sens qui pousse les gens à se projeter dans l’avenir, c’est aussi lui qui les rattache au passé, et c’est ainsi qu’ils savent se placer dans l’univers. »

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4 commentaires pour En ce lieu enchanté – Rene Denfleld

  1. Julia dit :

    Hum… Pas pour moi ce genre de livre…L’écriture semble belle, mais l’histoire me glace.

    • emifloisa dit :

      Je ne peux que comprendre!!
      Je crois qu’aucun livre ne m’a fait un tel effet au niveau écœurement.
      Et j’ai vraiment eu un coup de cœur alors que de nombreux passages sont « horribles » même s’ils ne sont que suggérés.
      Très compliqué comme ressenti!

  2. Cess dit :

    Je l’ai noté pour ma part. Et ce que tu en dis m’interpelle.
    Je pense le lire. 🙂

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